Immeuble Pyramide d’Abidjan : là où est le vrai scandale

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Certes  il n’est pas, aujourd’hui, l’édifice le plus resplendissant du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan qui se rêve en petit Manhattan des tropiques. Si l’immeuble Pyramide est  au centre d’une bonne grosse polémique politique en Côte d’Ivoire, ce n’est pas en raison de considérations architecturales. Une question agite les réseaux sociaux : à qui appartient-il donc ?

Jusqu’il y a peu, les choses étaient claires. Cet immeuble tombé en désuétude mais extrêmement bien situé faisait partie du patrimoine immobilier de l’État. Il était donc normal que des études soient financées et que des travaux soient envisagés pour le rénover. En 2015, le Conseil des ministres validait même un projet de partenariat public-privé destiné à le “retaper”. 

Le tweet de Bruno

Et puis, soudain, brusquement, tout à coup, Bruno Koné, actuel ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, affirme dans un tweet, début juin dernier, que l’immeuble est immatriculé depuis 2005 au nom du privé. Sous Laurent Gbagbo, donc. Suffisant pour entretenir la polémique, sur la véracité de cette affirmation, et autour du thème “quel camp politique brade-t-il le patrimoine public” ?

Mais au-delà des empoignades de ceux qu’on appelle à Abidjan les “pro-pro”, un problème de fond surgit. Celui de la disponibilité des données d’utilité publique et de leur consultabilité. Car cette polémique en rappelle une autre : le statut du terrain contigu au Palais de la culture, sur lequel se trouvait la bibliothèque pour enfants “L’Oiseau Livres”, récemment détruite par un incendie manifestement criminel.

Il fallait, a-t-on entendu officieusement, faire le grand ménage d’une manière ou d’une autre. Pour “un privé” qui avait acquis ce pan de la berge de la culture et voulait désormais le faire fructifier. Qui est donc ce privé ? Quand a-t-il acquis ce terrain ? Ce terrain relevait-il vraiment du domaine de l’État ? Les citoyens en sont réduits aux conjectures.

Droit à l’information

Et pourtant. Il n’est pas insensé d’imaginer que chacune des transactions concernant des terrains ou des biens immobiliers appartenant à l’État ou aux collectivités territoriales fassent l’objet de communications formelles. Après tout, les simples constitutions de sociétés ou cessions de parts dans des sociétés privées font bien l’objet d’annonces légales obligatoires. Au nom de quoi les transactions concernant le patrimoine public sont-elles aussi opaques ? Quel est le sens de la citoyenneté, si les personnes appelées régulièrement aux urnes ne sont pas à un niveau d’information minimal sur des choses aussi élémentaires ? La démocratie est indissociable du droit à l’information.

Il n’y a pas que dans les domaines foncier et immobilier que l’opacité règne en maîtresse absolue en Côte d’Ivoire. Le citoyen ne sait pas grand chose des résultats financiers des entreprises publiques. Il n’en sait pas plus quand elles sont vendues en tout ou partie. Il n’a pas accès de manière systématique aux contrats qui lient l’État aux entreprises multinationales bénéficiaires de délégations de service public ou de licences d’exploitation des richesses naturelles du pays.

Tel est le vrai scandale qui se cache derrière l’affaire de l’immeuble de la Pyramide.